Hypnose de spectacle
ou d’accompagnement ?
C’est la confusion numéro un, et de loin. Deux activités portent le même nom, se servent du même état, et n’ont pourtant à peu près rien en commun. L’une cherche un effet devant une salle. L’autre cherche un résultat précis, avec vous, dans un bureau où il n’y a personne d’autre.
Ce que fait
un hypnotiseur de spectacle
Son travail commence avant que le premier volontaire monte. Il teste la salle entière par un exercice court proposé à tout le monde en même temps : joindre les mains, imaginer un poids sur le bras. En quelques minutes, il repère les personnes qui répondent le plus vite et le plus fort. Ce sont celles-là qu’il invite à monter.
Cette sélection est le cœur du métier. La réceptivité à l’hypnose varie beaucoup d’une personne à l’autre, et un spectacle a besoin de gens qui répondent immédiatement, devant témoins, sans temps de mise en route. Un artiste de scène ne travaille donc jamais avec une personne au hasard. Il travaille avec celles qui rendent le mieux, ce soir-là, dans cette salle-là.
Ensuite, tout est organisé pour l’effet. Le rythme est rapide, la musique aide, la lumière aussi, et le public fait sa part : personne ne se comporte de la même façon sous cent regards que seul dans une pièce. Le succès de la soirée se mesure aux rires et aux applaudissements. Rien de tout cela ne se retrouve dans un cabinet, et c’est normal : ce sont deux commandes différentes.
Ce que fait
un accompagnant
Il n’y a aucune sélection. Vous venez avec ce que vous êtes, y compris méfiant, y compris fatigué, y compris persuadé que cela ne marchera pas sur vous. Mon travail consiste à m’adapter à votre façon de fonctionner, pas à trouver la personne qui s’adapte à ma façon de travailler.
La séance commence par de la parole, souvent une bonne demi-heure. On cherche l’objectif précis, formulé par vous, avec vos mots. C’est ce qui manque totalement au spectacle : sur scène, il n’y a rien à obtenir au-delà de la scène elle-même.
Il n’y a pas de public, donc pas de rôle à tenir. Personne ne vous regarde, personne n’attend que vous fassiez quelque chose de drôle, et il n’y a rien à réussir devant qui que ce soit. La plupart du temps, il n’y a d’ailleurs rien à voir. Une personne assise dans un fauteuil, les yeux fermés, qui respire plus lentement. Une caméra qui filmerait la séance donnerait un film ennuyeux.
Le rythme est lent, les silences sont longs, et rien ne se joue en trente secondes. À la fin, on reprend ensemble ce qui s’est passé, et vous repartez avec un exercice court. La séance suivante commence par ce que cela a donné.
Ce qui sépare
vraiment les deux
Qui est choisi
Sur scène, les personnes les plus réceptives de la salle. En cabinet, celle qui a pris rendez-vous, quelle que soit sa réceptivité. Une personne lente à entrer en hypnose reste tout à fait accompagnable.
Ce que l’on cherche
Sur scène, un effet visible tout de suite. En cabinet, un changement qui tienne dans trois mois, et dont personne d’autre que vous n’a besoin de s’apercevoir.
Qui regarde
Sur scène, une salle entière, ce qui change tout au comportement. En cabinet, personne. Ce qui s’y dit ne sort pas de la pièce.
Le spectacle n’est pas
une tromperie
On me demande souvent si les gens sur scène font semblant. La réponse est non, en tout cas pas de la façon dont on l’imagine. L’état est réel, la sélection l’est aussi, et le savoir-faire de l’artiste est considérable : tenir une salle, lire les réactions de vingt personnes en même temps, s’arrêter au bon moment, cela s’apprend longtemps.
Il n’y a donc pas d’un côté la vraie hypnose et de l’autre une fausse. Il y a un même phénomène employé pour deux commandes qui n’ont rien à voir, comme la voix sert à chanter un opéra et à annoncer les trains en gare. Un artiste de scène fait un métier de spectacle, avec les règles du spectacle. Je fais un métier d’accompagnement, avec les règles de l’accompagnement : un objectif, un cadre, des limites écrites, et personne dans la salle.
Dire du mal du spectacle serait à la fois injuste et un peu facile. Il a d’ailleurs rendu un service involontaire : il a fait savoir à tout le monde que cet état existe.
Cette confusion
fait perdre des années
Voici ce que j’entends le plus souvent au téléphone : « j’y pense depuis longtemps, mais je me voyais mal faire le clown ». La personne a une peur qui décide de ses vacances, ou des nuits qui la vident depuis des mois, et elle a écarté l’hypnose sans jamais lui poser une seule question. Elle ne l’a pas écartée après réflexion. Elle l’a écartée sur une image de télévision.
Ce n’est pas une petite perte. Pendant ce temps, la peur s’installe, l’évitement s’organise, et le champ de la vie rétrécit d’un cran, puis d’un autre. Une phobie qui dure depuis deux ans et une phobie qui dure depuis dix ans ne demandent pas le même travail, simplement parce que la vie s’est construite autour dans le second cas.
Je ne dis pas que l’hypnose est la réponse pour tout le monde. Je dis qu’écarter une piste sur un malentendu, ce n’est pas décider, et que la décision mérite mieux que cela. Trente minutes au téléphone suffisent souvent à savoir si cela vaut le déplacement, ou si c’est ailleurs qu’il faut chercher.
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